OMS / Viviana Cortiana
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La parole aux jeunes scientifiques : lutter contre le cancer colorectal précoce

1 avril 2026
Dans toute la Région européenne de l’OMS et au-delà de celle-ci, de jeunes scientifiques participent à la recherche sur les nouveaux défis en matière de santé publique. Viviana Cortiana, originaire d’Italie, mène des recherches sur l’augmentation de l’incidence des cancers colorectaux chez les personnes de son âge.

« Nous constatons une augmentation des cas de cancer colorectal chez les jeunes », déclare-t-elle. « En tant que jeune chercheuse et étudiante en médecine, je suis résolue à mieux comprendre les causes de cette évolution et à déterminer comment améliorer les résultats thérapeutiques pour ces jeunes. »

Depuis le début de ses études de médecine à l’université de Bologne, elle a approfondi sa connaissance de la recherche médicale à divers égards. Elle mène actuellement des recherches sur l’influence des facteurs nutritionnels et métaboliques sur le cancer colorectal au Dana-Farber Cancer Institute, à Boston (États-Unis).

L’implication des jeunes est un enrichissement tant pour les étudiants que pour la recherche

« Impliquer les jeunes dans la recherche est parfois perçu comme une démarche essentiellement éducative », explique-t-elle. « Mais en réalité, les chercheurs en début de carrière peuvent apporter un regard neuf, de l’énergie, une réflexion interdisciplinaire et de nouvelles compétences, notamment dans le domaine du numérique. Ils ont également le courage de remettre en question les paradigmes établis et de proposer des approches novatrices, soulevant souvent des questions qui concernent tout particulièrement les jeunes. » 

Elle en a fait l’expérience elle-même lorsqu’elle a commencé ses recherches au Dana-Farber Cancer Institute. « Au départ, j’ai rejoint le laboratoire principalement pour travailler sur un autre projet. Certains des résultats ont éveillé ma curiosité quant au rôle de l’exposition nutritionnelle dans le développement des tumeurs, un sujet que le laboratoire n’étudiait pas encore explicitement. J’ai commencé à en discuter avec mon mentor, et c’est là que le nouveau projet a vu le jour. Depuis lors, nous étudions également les liens entre l’alimentation et le cancer colorectal », explique fièrement Viviana.

La fréquence du cancer colorectal augmente chez les jeunes, mais la conscience du problème reste limitée

Le cancer colorectal reste l’un des cancers les plus communs dans le monde, et des études récentes révèlent une augmentation inquiétante de son incidence chez les jeunes adultes.

« Lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce, le cancer colorectal peut souvent avoir une issue favorable. Mais lorsqu’il est détecté plus tard et qu’il a déjà provoqué des métastases, la situation est tout autre », poursuit-elle. « C’est pourquoi les programmes de dépistage ciblés constituent des mesures essentielles pour sauver des vies, car ils permettent de prévenir et de détecter le cancer colorectal chez les personnes jeunes. »

La connaissance des symptômes du cancer colorectal reste limitée tant au sein du grand public que chez certains professionnels de santé. Cela peut contribuer à retarder le diagnostic chez les patients jeunes, qui ne sont pas considérés comme exposés à un risque élevé.

L’alcool, un facteur de risque moins connu du cancer colorectal 

Un lien a été établi entre plusieurs facteurs de risque modifiables et le cancer colorectal, notamment l’obésité, une alimentation riche en viandes transformées, une faible consommation de fibres, la sédentarité, le tabagisme et la consommation d’alcool. Cependant, on a rarement conscience de certains de ces facteurs de risque.

Par exemple, bien que plus d’un cas de cancer colorectal sur 10 (11 %) recensés dans la Région en 2020 soient imputables à la consommation d’alcool, des études de l’OMS montrent que moins de 40 % des Européens savent que l’alcool peut provoquer un cancer colorectal. 

On sait que l’alcool provoque 7 types de cancer. L’éthanol – l’ingrédient actif des boissons alcoolisées – est métabolisé en acétaldéhyde, un composé toxique et cancérigène susceptible d’endommager l’ADN. L’alcool peut également contribuer à un stress oxydatif et à de l’inflammation – des processus mis en lien avec l’apparition de cancers.

Des recherches récentes indiquent également que l’alcool pourrait perturber le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes vivant dans le tube digestif, ce qui pourrait contribuer à l’apparition d’inflammations et de cancers.

« Notre microbiote est en contact direct avec ce qui transite dans notre intestin. C’est pourquoi il est très sensible à ce que nous mangeons et buvons, y compris à l’alcool », explique Viviana. « L’alcool peut perturber l’équilibre de notre microbiote, ce qui peut entraîner la production de toxines. Des études cliniques ont établi un lien entre ce phénomène et un risque accru de contracter un cancer du côlon. » 

Prévention et dépistage précoce du cancer colorectal

Le cancer colorectal peut souvent être évité ou détecté à un stade précoce grâce à une combinaison de mesures d’atténuation des risques et de programmes de dépistage. Limiter son exposition aux facteurs de risque connus, par exemple en évitant l’alcool et le tabac, en adoptant une alimentation saine, en étant physiquement actif et en participant aux dépistages éventuellement proposés, sont autant de mesures qui peuvent contribuer à faire reculer les risques. 

Les symptômes les plus courants du cancer colorectal sont les saignements rectaux, la perte de poids involontaire, les douleurs abdominales, les modifications des habitudes intestinales et l’anémie ferriprive. Les personnes confrontées à des symptômes potentiels doivent consulter, afin qu’un professionnel de santé puisse évaluer ces symptômes et prendre des dispositions pour des examens complémentaires si nécessaire.

Informations complémentaires 

Viviana nous a fait part de son histoire en tant que membre du Réseau des jeunes contre l’alcool, créé dans le cadre du projet EVID-ACTION (Evidence into Action Alcohol Project ou « Projet Alcool : des preuves aux actes »), financé par l’OMS et l’Union européenne (UE). Ce projet vise à sensibiliser davantage aux méfaits de l’alcool dans 30 pays (les 27 États membres de l’UE ainsi que l’Islande, la Norvège et l’Ukraine) et sera mené de 2022 à 2026.