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« Parce que la vie continue » – L’OMS et l’UE aident les Ukrainiens à reconstruire leur vie

8 avril 2026
« Bouger, c’est vivre », s’exclame Nataliia en faisant un léger signe de la tête en direction de la salle de kinésithérapie, comme pour souligner ses propos. À l’intérieur, son mari Oleksandr apprend à se servir d’un fauteuil roulant sous la supervision d’un kinésithérapeute.

Nataliia ne quitte pas son mari d’une semelle depuis 3 mois. Elle s’occupe de lui depuis qu’il a subi plusieurs opérations complexes : elle soigne ses plaies, change ses pansements et l’aide à réapprendre les gestes les plus simples : comment manger, comment boire et comment se redresser.

Jusqu’à récemment, le couple vivait à Kostiantynivka, dans une petite maison qu’ils avaient construite au fil des ans dans l’espoir de passer leur retraite en pleine nature. Oleksandr gagnait sa vie en élevant des ragondins, de gros rongeurs semi-aquatiques qui ressemblent un peu aux castors. Il veillait avec le plus grand soin à ce que les animaux soient en bonne santé et bien traités, faisant de ce travail à la fois son gagne-pain et son mode de vie. « Nous n’avons jamais été du genre à rester les bras croisés », se souvient Nataliia en souriant. 

« Nous avons une petite ferme chez nous : des poules, des oies et parfois 5 à 7 cochons. Mais c’est ses ragondins qu’Oleksandr aimait le plus. Il était toujours occupé avec eux : il construisait de nouvelles cages, il séparait les femelles des mâles ou il les emmenait chez le vétérinaire s’ils tombaient malades. Parfois, je plaisantais en disant : « Pourquoi ne vas-tu pas simplement embrasser ton ragondin ? » Bien sûr, je l’ai aidé, il les aimait tellement. »

Le parcours de la rééducation

« C’est un homme qui a toujours été gentil et travailleur : si quelqu’un avait besoin d’aide, il était le premier à se porter volontaire. Et quand on a cessé de livrer du pain dans notre ville, il s’est porté volontaire pour en apporter, avec des hommes de la ville voisine de Druzhkivka », poursuit Nataliia.

Ce matin-là, un voisin avait demandé à Oleksandr de l’aider à faire quelques travaux dans le jardin. Comme d’habitude, il a accepté. Quelques minutes plus tard, un drone de fabrication iranienne a frappé la cour.

« Au début, je n’ai même pas compris ce qui venait de se produire », se souvient Nataliia. « J’ai juste entendu un cri terrible, un cri qui n’avait rien d’humain. Quand je me suis précipitée dehors, j’ai alors vu une basket par terre, sur l’herbe… avec une jambe arrachée à l’intérieur. Sur le chemin de l’hôpital, Oleksandr n’arrêtait pas de demander : « Où est ma basket ? Tu l’as prise avec toi ? » »

Les voisins n’ont pas survécu à l’attaque, mais Oleksandr s’en est sorti, même si les médecins ont dû lui amputer les deux jambes et lui retirer un œil. Puis vint le long et difficile parcours de la rééducation.

Pendant longtemps, Oleksandr pouvait à peine bouger. Il passait la plupart de son temps allongé, et a peu à peu perdu toute motivation. Même s’asseoir sur le lit n’était possible que pendant quelques minutes. Ça devenait insupportable à cause d’une douleur dorsale intense.

« Jusqu’à ce qu’Illia arrive », nous confie Nataliia.

Réapprendre à vivre

Illia est kinésithérapeute à l’hôpital. Il a progressivement commencé à travailler avec Oleksandr, lui apprenant à se servir d’un fauteuil roulant, à garder son équilibre et à utiliser ses bras. Il y a peu encore, tout cela semblait impossible.

« Mais maintenant, tu ne peux plus t’arrêter, Sasha », dit Nataliia en souriant, utilisant le surnom d’Oleksander. 

« Parfois, quand Illia dit que c’est peut-être assez pour aujourd’hui, Sasha demande à continuer. Il dit qu’il veut retrouver son autonomie dès que possible, marcher avec ses prothèses », ajoute Nataliia.

Les personnes qui ont perdu leurs 2 membres inférieurs ou qui ont subi des lésions de la moelle épinière sont souvent contraintes de réapprendre à vivre – et, dans de nombreux cas, leur mobilité dépend longtemps d’un fauteuil roulant. C’est pourquoi il est essentiel de veiller à ce que le fauteuil roulant soit parfaitement adapté à chaque personne afin qu’il soit confortable, sûr et qu’il facilite les activités quotidiennes.

Selon le Service national de santé ukrainien, depuis le début de la guerre à grande échelle, environ 12 000 personnes ont subi des lésions de la moelle épinière. Beaucoup d’autres ont également besoin, à l’heure actuelle, d’une rééducation à long terme et d’aides à la mobilité. Pour répondre à ce besoin, des spécialistes de toute l’Ukraine suivent actuellement une formation afin d’évaluer correctement les besoins des patients et d’adapter et de régler les fauteuils roulants conformément aux normes internationales. 

Des formateurs certifiés

Ces 3 dernières années, plus de 300 professionnels de la rééducation ont suivi cette formation, et 9 spécialistes ukrainiens sont devenus formateurs certifiés, contribuant ainsi à transmettre ces compétences à leurs collègues.

Cela a permis d’étendre progressivement l’accès à des services de rééducation de qualité dans tout le pays, garantissant ainsi qu’un plus grand nombre de patients bénéficient du soutien dont ils ont besoin, là où ils en ont besoin et quand ils en ont besoin. 

« Je pense que tout ira bien pour nous », dit Nataliia avec un doux sourire. 

« Peut-être qu’un jour, nous remettrons en route une petite ferme chez nous. On vivra... et on profitera de la vie. Parce que la vie continue. »

Ce projet de formation est mis en œuvre grâce au soutien financier de l’Union européenne.